Textes personnels

Il sĠagit dĠun choix non exhaustif de quelques textes courts parmi une trentaine
rŽdigŽs ces dernires annŽes surtout ˆ lĠoccasion dĠexposition ou de lecture-performance.

Le Caire, 12 janvier 2004

Il sĠest mis ˆ pleuvoir. Depuis lĠappartement
situŽ au dernier Žtage dĠun immeuble du
centre ville, jĠobserve la vie qui se dŽroule
dans la rue. La pluie fine qui dŽtrempe la
chaussŽe nĠa pas lĠair de modifier les
habitudes. Toujours le mme va-et-vient et,
malgrŽ la raretŽ du phŽnomne
mŽtŽorologique, je ne remarque pas de
rŽaction particulire. Aucun parapluie ne
protge les ttes et cĠest ˆ peine si les jeunes
gens qui campent des heures devant les
cinŽmas de Downtown se mettent ˆ lĠabri.

Dans la cuisine, des flaques se sont formŽes
sur le carrelage, ce qui prŽsage que le toit en
plexiglas ondulŽ laissera la chaleur se
propager dans deux mois aussi bien que lĠeau
qui sĠinfiltre aujourdĠhui.

Je regarde ˆ travers la fentre du couloir.
Devant moi, les toits des immeubles
dŽcouvrent leurs fouillis enrobŽs dĠune
Žpaisse couche de poussire brun‰tre.

PFavre 2004. Exposition Ç mŽmoire et oubli È, Villa Bernaconi.

 

Flying architecture

Dispositifs fictionnels
ProcŽdŽs visuels
Captation/transformation/mutation
Plug in mŽmoire vive
Ivre
Slowmotion-accŽlŽration
Subsistent sŽcrŽtions
dĠimmixtions subites

Fabrique du vide et de lĠespace
Terrassements travaux retournements
Fracas
Enlever ici remettre lˆ-bas
Plusieurs fois particules suspendues
Rel‰chŽes sans gravitŽ
Flagada
Effets pelleteuse, levŽe, baissŽe
Culbute de lĠhabitus en chantier des pensŽes
Esprit meuble, souvent
Sables du ciel mouvant

Constructions flottantes idŽes volatiles
Futiles
Lvres mobiles
Chanter fredonner changer les balises
ÇTout est plein qui commence bienÈ
PensŽes composites envahissantes, saugrenues
MatŽriaux Žchappant aux structures connues
La voix donne des ailes puis se meurt ds quĠelle se rŽalise
Dilatations exponentielles voire immatŽrielles
Soleil grossissant effaant lui-mme sa course pareil
ˆ un effet loop-double
Augmentation du plaisir naissant
Bouche sche-humide corps transpirants
Kiss a kiss
Embrasser le baiser, le dŽvorer
Langue glisse mastique
Diagnostic
Troubles versatiles confirmŽs
JE peut dŽsigner un tre sans rŽalitŽ

Accoutumance exploration continue
Vertiges ˆ ras du sol
Erection bŽton
En flottaison
Skyline dŽcoupe suspendue
Architecture
Sur fond bleu azur

Passer air de rien
Regards obliques scrutant de lointains recoins
Sans poids ni lŽgretŽ
Horizon redessinŽ
Vertical
Eclats dĠune rotation opŽrant un duplicata magistral
SĠinventer un double pour plaire
Accs sŽvres
repŽrables
Cul de sac de formes inoubliables

Au large des endroits
Jamais vus
Jamais entendus
Nouvelles perspectives
AxonomŽtriques
IsomŽtriques
Toujours
AsymŽtriques

PFavre 2008. PoŽsie en ville, Genve.

 

101 x le couple en art

RepŽrŽe dans un bar
Parmi quelques zonards
Parfois anars
Jamais loubards
Les verres vides aux trois quarts
On devient bavards
On sĠmarre
Plein dĠhistoires on sĠnarre
DŽbut en fanfare
Puis retour au plumard
Presque barbare
JĠme barre
Hilare
A cause du pinard
Sur lĠboulevard
JĠme prends pour Babar
JusquĠˆ mon placard
Puis cĠest le grand dŽpart
Entre le Hoggar
Et Shandigar
A lĠŽcart
Du monde pŽnard
Sur le Nil jĠlargue les amarres
Une annŽe plus tard
Comme une boule de billard
Retour dans mon douar
Coup de cafard
JusquĠˆ ce que nos regards
Par hasard
Croisent sur une Ïuvre dĠart
Ftards
Dare-dare
LĠamour sans avatar
Le sexe pointe comme un phare
Ensemble une vie de star
Sans oscar
Ni cŽsar
Encore moins un polar
O tra”nent des lascars
Comparables ˆ des salopards
Mais parfois jĠmĠŽgare
Et lui dis : connard
TĠes vraiment quĠun couche-tard
Cherche un autre bazar
Pour enlever ton falzar
Es ist klar ?
LĠhistoire sent le Cheddar
Un traquenard
Bizarre
Parfois cĠest lĠeffet dĠun dard
Coup de poignard
Le reste du temps c du sugar
JĠme sŽpare
Coup de barre
JĠsuis dans lĠcoltar
Aucun buvard
Aucune jarre
Assez grande car
DŽjˆ les larmes forment une mare
Avec des nŽnuphars
‚a pourrait tre un cauchemar
A lĠinstar
Sur lĠeau salŽe jĠvois des canards
Mme des ttards
Et finalement jĠaperois mon calamar Il goguenard
Tient ! il pousse mon clŽdar
Et revient dans mon hangar
Finie la vie de clochard
Et surtout plus de bobards Il a intŽrt le b‰tard
Sinon il repart !
Mais il me joue dĠla guitare
Et mme de la cithare
Comme Ravi Shankar
Chante plus fort quĠMc Solar
SĠroule un pŽtard
RŽdige des vers pour Galiimard
Bonjour le tintamarre
EnvolŽ les dollars
CĠest pour la gloire mais gare
Aux renards
Aux snobinards
En costards
Qui sĠprennent pour des malabars
Lui cĠest plut™t campagnard
Ou alors montagnard
A observer les lŽzards
Flemmards
SĠenvoler avec les busards
Veinards
JusquĠau Gothard
De libertŽ jamais avare
Ni froussard
Encore moins fuyard
Fin des zones de brouillard
Plus besoin dĠenclencher le radar
MŽtŽo du cÏur 10 milles millibar
YĠa encore tous ces retards
Ok, jĠarrte mon char
TĠes un mec rare

PFavre 2008. Emission 1, aduplex.ch

 

Il avait dit : les ondes, a nage, jĠai rŽpondu : a flotte. En tout cas, a se propage.

LĠhistoire dĠondes que je vais raconter se passe ˆ Petra. Petra est la citŽ antique
situŽe au sud de la Jordanie et qui avait ŽtŽ oubliŽe pendant longtemps jusquĠˆ ce
quĠun suisse nommŽ Burkhard la redŽcouvre.

Mais a, on lĠignore ˆ peu prs tous car Petra est bien plus connue gr‰ce ˆ Harrisson
Ford et son r™le de chevalier de lĠarche perdue. DĠailleurs, les boutiques ne
manquent pas de vendre des chapeaux pour qui voudrait se prendre pour un acteur
amŽricain.

Oublions le tourisme extrme-occidental. Petra est un lieu magnifique, sauvage
ouvrant des perspectives lointaines. A part quelques grottes cachŽes et habitŽes par
les nomades, la vue du haut dĠune des montagnes donne une impression trs forte
dĠun espace immuable.

JĠentends par lˆ, vierge de signes urbains et contemporains.

QuoiquĠil ne faut pas rver, car lorsquĠˆ 1200 mtres dĠaltitude, une sonnerie de sms
retentit, on sent bien que mme cet air lˆ est viciŽ. Les ondes ŽlectromagnŽtiques
flottent. Et les ondes sonores se propagent.

Tout le monde conna”t le principe du tŽlŽphone arabe. Ce qui Žtait particulirement
amusant en tant quĠenfant, cĠŽtait de jouer sur le grain de la voix et des mots pour
dŽformer les ondes, les triturer.

Dans les montagnes de Petra, le principe est presque le mme, mais les
informations transmises sont sžres. Pour en faire lĠexpŽrience, il suffit de se rendre
sur le sommet dĠune montagne, sĠassurer dĠtre seul pour jouir du paysage et surtout
de ne pas avoir ŽtŽ suivi. Tout dĠabord cĠest le silence de la montagne qui saisit, puis
le blement de quelques moutons au loin et le chant des choucas qui commencent ˆ
voler alentour. Puis, en tendant bien lĠoreille, on entend des voix de femmes.

Elles ne parlent pas. Elles se parlent, ˆ travers les montagnes. Les voix font Žchos,
et de loin, on suit le parcours sonore qui traverse des dizaines de kilomtres en trs
peu de temps. Passant dĠune vallŽe ˆ une autre, se faufilant entre les rifs rocailleux
et vertigineux.

On se laisse prendre par les voix, on imagine ˆ peine ce qui pourrait se raconter, si
ce nĠest les dernires nouvelles.

Presque simultanŽment, on entend alors les pas des sabots dĠun ‰ne qui claquent
sur les pierres. Dessus, un jeune homme mne sa monture droit sur vous et vous
dit dĠemblŽe: your name is Pascale, youĠre a teacher and you stay at the petrapalace
hotel.

PFavre, 2005. Radio sur internet, Paris